la vie entre parenthèses, le temps d'une lecture

mots croisés
11 juillet, 2016, 7 h 54 min
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mot-croise

Il était une courte fois deux mots qui se croisaient sans cesse, parce qu’ils étaient les mots préférés de deux frères.
Le premier frère riait en répétant «chiffonner». Chiffonner, chiffonner, chiffonner.
Le deuxième frère rêvait en murmurant «vagabond». Vagabond, vagabond, vagabond.

Leurs parents auraient eu du mal à dire quelles étaient leurs couleurs préférés.
Leurs couleurs préférées changeaient souvent de couleur.
Par contre, ils savaient que les frères aimaient «chiffonner» et «vagabond».

Pourtant, il n’y a pas plus opposés et anti fraternels que ces deux mots.
Ils parlent de choses qui ne se croisent pas.

«Chiffonner» nous dit faux plis, tourment, ou préoccupation. «Vagabond» évoque l’errance, l’aventure, la fantaisie.
«Chiffonner» fait rire, bien qu’il désigne tourment, vexation, ennui et tracas. «Vagabond» ne rassure pas. Il montre les oisifs, les inconstants, les imprécis.
Ces mots ont chacun leurs phrases, et leurs discussions. Chacun a ses amis.

Si.
Quand même.
«Chiffonner» et «vagabond» sont frères de quelque chose.
Ils sont de la famille des mots aux origines multiples.

On pourrait croire que «Chiffonner» ne vient que du latin ciffo, habit, et qu’il parle de frippes, de parures, de vêtement.
Mais ça ne suffit pas.
Il y a quelque chose de noir, dans «chiffonner», qui nous fait glisser de habit vers haillon.
Car «Chiffonner » peut aussi venir de l’italien cinis , et cencio. Les cendres, et les guenilles. Le bâillon.
Alors «chiffonner» devient un mot plus lourd, grave et triste. Que «chiffonner».

On pourrait croire, aussi, que «vagabond» ne vient que du latin vagus, errant. Évidemment, ça flotte, c’est léger, inconstant, changeant.
Et insuffisant.
Car dans « vagabond », on entend le bleu marine et presque noir de l’oubli que suggère le latin vacuum, vide.
On entend aussi les vagues de la mer. De Webh, « qui se meut en va et vient ».
Alors «vagabond» tangue avec musique, dit une errance moins perdue, et une oisiveté choisie et appréciée.

C’est là que « chiffonner» et «vagabond» deviennent enfin frères.
En rouchi français, qui est un patois picard, «chiffonner» est synonyme de « broïer ».
Caresser.
Ainsi, «chiffonner» devient doux, sucré, intime.
Dans un poème, «vagabond» peut dire caresser, aussi. Comme dans la phrase de Delille : « Ainsi, précipitant leur course vagabonde, la vague suit la vague, et l’onde pousse l’onde ».

Il y a d’abord, toujours, la différence qui saute aux yeux.
Ce que n’a pas l’un grandit l’autre, et inversement.
Grace à la différence, on croit mieux se voir, devenir plus précis, plus brillant, avec des contours plus nets.

Il y a souvent, ensuite, la ressemblance qui s’impose.
La ressemblance est ce tout dont les deux frères viennent tous les deux.
Elle est ce flou qui les entoure, qui n’est déjà plus l’un, et pas encore l’autre, mais qui s’accroche encore aux deux.

Peut être qu’en jouant avec les mots et les hommes, on trouvera souvent que la ressemblance est une caresse.

Romain Steiban



Hommage à Green Boots
26 juin, 2016, 16 h 16 min
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Il est un homme dont l’histoire ne ressemble à celle d’aucun autre. Elle le place un peu à part, dans l’humanité d’aujourd’hui.
Il y a cet homme, puis il y a eux, nous, « on ».

Cet homme, on n’est pas sûr de savoir son nom. On a des doutes. On ne sait pas s’il a aimé s’allonger par terre, sur l’herbe, à l’ombre, au chaud, sous un chant d’oiseau mêlé aux bruissements du vent dans les feuilles d’un arbre.
Ce dont on est sûr, c’est qu’il a vécu.
Et qu’il marchait.

En 1996, il s’est engagé sur la voie d’accès nord menant au sommet de l’Everest.
Cette année-là, un fort blizzard frappa ces montagnes, alors que l’homme s’en approchait. Ou s’en éloignait. On ne sait pas s’il s’est couché en montant ou en descendant du sommet.

On sait qu’il s’est allongé au creux d’une grotte, dans la zone de mort.
Au delà de 8300 mètres d’altitude, quand on approche du sommet du monde, aucune vie n’est possible. Seul survit le mouvement, le pas après l’autre.

Dans la zone de mort, cette grotte doit être ce qui ressemble le plus à une maison, un lit, ou un tombeau.
Parce qu’elle est petite, elle est accueillante. Parce qu’elle a un toit, elle est protectrice. Parce qu’elle est isolée, calme, perdue dans une mer de neige, sombre, taillée dans une roche noire, elle est attirante.

Ce dont on est sûr, donc, c’est qu’il s’est couché là.
Il a mis ses bras autour de lui, et s’est embrassé.
Il a courbé les jambes. Pieds sur les cuisses, cuisses près du ventre.
Il a enfoui sa tête dans son blouson.
On ne sait pas s’il a pleuré, s’il a eu mal, s’il a eu peur, ou s’il s’est tout simplement assoupi.

La nymphe Ondine, génie des eaux, avait condamné son compagnon infidèle à ne plus pouvoir respirer, s’il s’endormait. Mais il s’est endormi.
L’homme, aussi, s’est endormi. Sur l’Everest, que les tibétains appellent Chomolungma, « déesse mère des vents ».
On ne défie pas les Dieux.

Et l’homme dort toujours, dans la grotte attirante, sur le chemin qui monte au plus haut que l’on peut marcher sur Terre.
Le froid l’a figé dans son dernier repos. La montagne le garde comme elle l’a pris, dans la même position.

Il y a une chose que seul cet homme aurait pu faire, et qu’il n’a pas faite, c’est de se redescendre de là-haut.
Aucune machine et aucun homme ne peut le faire à sa place, à notre époque.

Il est mort.
Il est mort, n’est-ce pas ?
La mort est différente, dans la grotte.
Elle parait éternelle et incertaine.
On dirait que l’homme pourrait se réveiller à tout instant.
Il rappelle le Dormeur du Val, de Rimbaud. Celui qui a deux trous rouges au côté droit.

Bien sûr, il ne se réveillera pas, lui non plus. L’homme inconnu n’est plus.
Il est connu, maintenant, d’ailleurs. On l’appelle Green Boots, parce qu’il porte des chaussures vertes.

Green Boots est né quand l’homme s’est endormi.
On a réduit l’homme à ses chaussures. On aurait pu l’appeler « le dormeur », lui aussi. Mais on l’a appelé « chaussures vertes ».
On a réduit l’homme à sa lumière, plutôt. Si le Dormeur du Val dort à tout jamais, Green Boots, lui, guide les grimpeurs qui voient ses bottes de loin, en approchant du sommet.
On a réduit l’homme au siècle précédent, peut-être. Tout est nous, chez cet homme, sauf ses chaussures. On n’a plus ce modèle de botte, cette couleur fluo. Et ce destin tragique. On peut ne pas se reconnaître dans l’homme, finalement.

En tous cas, on l’a nommé.
Avec ce nom, on a pu dire qu’on le voyait, qu’il était là, dans sa pause humble et digne. On a avoué, aussi, qu’il appartenait à la montagne et qu’on ne viendrait pas le lui reprendre.
On a reconnu son humanité. Dans cette position presque fœtale. Dans ces habits qui semblent le réchauffer. Dans cette grotte qui le protège.

On ne l’est pas trop, humain, dans cette histoire. Parce que les hommes ont toujours pris soin de leurs morts, et qu’on ne le fait pas, pour lui.
Ah oui, c’est vrai. On ne peut pas.

On sait donc que l’homme a grimpé au sommet du monde, pour venir s’allonger au creux d’une grotte, et devenir Green Boots.
On sait que ceux qui touchent le sommet de l’Everest en grimpant par la voie d’accès nord ont vu l’homme en montant, et le croiseront en descendant.

On sent qu’il y a un sens caché, dans l’histoire de cet homme. Au-delà de ce que l’on sait de lui, et de ce que l’on ne sait pas.

Romain Steiban



Anniversaire
29 mai, 2016, 9 h 48 min
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Toute la famille s’est réunie pour fêter l’anniversaire de Jo. Il a onze ans. Il passe de bras en bras et de joue en joue dans un élan de bienveillance.

Plus on lui donne de caresses, et plus il est grave. On dirait qu’il reçoit une immense richesse, qui grandit à chaque baiser, et qu’il l’accepte. On dirait qu’il s’engage formellement à transformer cette richesse en bonheur.

Alfred suit son fils d’un regard ému.
Onze ans!
Il y a onze ans, Jo souriait dès qu’il voyait approcher son père. Il tendait les mains avec émerveillement, et tout ce qui comptait alors, c’était que son père le serre dans ses bras.
Qui l’embrasse, qui le fait sourire, maintenant? Alfred ne sait plus tout. Mais il voit qu’aujourd’hui, Jo ne sourit pas.

« Pourquoi tant de sérieux dans ce regard d’enfant? », lui demande-t-il doucement en prenant le visage de son fils entre ses mains.
Puis il sourit à son sourire.

« J’ai quelque chose a te dire », lui confie Jo, les yeux brillants. « Quelque chose de beau ».

Alfred attendait cet instant. Il pressentait depuis longtemps qu’il y aurait un moment à eux deux, aujourd’hui.

Alors il pose une main aimante et respectueuse sur l’épaule de son fils, et le guide à travers les membres de leur famille.
Maintenant que le moment est arrivé, il veut le faire durer.
Pour qu’il prenne beaucoup de place dans sa journée et dans sa mémoire.

« Tout toi, se garçon! », lui dit-on en chemin. C’est vrai, Jo lui ressemble.
Il n’y a pas que ces grands yeux curieux et ce grain de beauté sur la lèvre. Il y a aussi sa manière de parler, de marcher, et de sourire en ayant l’air de s’excuser.

« Vous avez raison! Courez vous resservir un bout de gâteau, il n’en reste plus beaucoup », lui dit-on plus loin.
Veut-il du gâteau? Alfred interroge Jo du regard. Mais non, il n’en veut pas. Tant pis.

« Alors ça y est, vous y êtes », croit-il entendre murmuré à son oreille avant de pousser la porte du salon. Il la ferme délicatement derrière son fils, et s’installe avec lui sur le vieux fauteuil. Ils y sont, oui.

« Tu voulais me dire quelque chose d’important », commence-t-il. « Laisse moi d’abord te raconter quelques histoires ».

Alfred raconte d’abord l’histoire de son père, le grand père de Jo.
Il vivait dans une ville portuaire. La mer était son horizon depuis toujours.
Il était doué en mathématiques.
Un jour, il trouva dommage de toujours additionner, calculer, multiplier sur un papier quadrillé d’écolier. Un papier qui n’était pas encore la vraie vie. Il voulait continuer à calculer, mais pour de vrai. Sur un bateau.
Il se renseigna sur les démarches administratives pour travailler sur un bateau, et fit tout le chemin tout seul. Le chemin entre l’idée du bateau, et la signature de ses parents, puisqu’il était mineur.
Il avait onze ans, et ses parents refusèrent de signer.

Alfred parle ensuite de sa mère, la grand mère de Jo.
Elle vivait dans un petit village de montagnes. Il y avait l’école du village, avec cette maîtresse qui savait tant de choses et qui était si gentille. Il y avait l’eau de la fontaine, qui coulait devant la maison. Les vaches et les brebis, qui prenaient beaucoup de place, avec leur odeur piquante, leur chaleur mouillée, leurs bruits incessants, leurs mouvements perpétuel.
Puis, un automne, il y eu le collège. Et l’internat loin du village. Elle avait onze ans.

Ensuite, Alfred raconte sa propre histoire.
Il ne se souvenait pas d’avoir voulu d’une autre vie, ni d’avoir demandé à tout recommencer. Mais, un jour, sa famille déménagea loin des montagnes.
Il partit si loin qu’il perdit l’hiver, et la neige, et l’odeur des pommes de reinettes.
De cette année la, celle de ses onze ans, il ne se souvient que d’une seule chose. En arrivant sur l’île où ils habiteraient, désormais, ses parents lui avaient offert des draps de lits avec des motifs de coucher du soleil sur la mer et les cocotiers.
Il avait bien dormi dans ces draps. Dormi avec espoir et confiance.

« Tu veux me dire quelque chose d’important ».
Alfred prend une grande inspiration dans le silence.
« Dis-moi ».



où est Charlie?
8 janvier, 2015, 11 h 33 min
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« Où est Charlie », Martin Handford

Il est au milieu de nos vies depuis le sept janvier deux mille quinze. Dans nos journaux, sur nos écrans, à la radio.
Il est notre rire fauché en plein vol, nos couleurs noircies par les balles, nos idées éclatées dans la haine.
Au milieu de la page blanche de cette nouvelle année, il est la tache noire du deuil, quand elle épouse la tache rouge de la colère.

Il est derrière nous, déjà. Comme les tours jumelles.
Les stylos sont tombés, les mots se sont effondrés, les dessins ont brûlé. Et de ce qui n’est plus naît l’envie de se battre. Pour la paix.

Il est à côté de nous, à notre droite, serré contre nos flancs, dans cet élan de tendresse que nous inspire sa souffrance.
Nous avons grandi près de ce journal, souri à ses traits d’humour et d’intelligence. Nous l’avons souvent mal connu, ou connu de loin, mais nous avons toujours connu son nom.

Il est à gauche de l’image, cherche bien. Dans les mains d’un grand-père, dans le cabas d’une ménagère, devant le nez d’une fillette qui apprend à lire les grosses lettre affichées sur les murs d’un kiosque. Cherche aussi un groupe de jeunes qui rigolent autour d’un dessin. Charlie est souvent là.

Il est au dessus de la peur, plus grand que les menaces, au-delà des limites injustes qu’on lui impose.
Il est notre nouvelle étoile filante. Celle qui nous fait lever la tête, regarder vers le ciel, oser voir plus loin. Celle qui nous fait souhaiter nos meilleurs vœux pour la nouvelle année avec une toute nouvelle rage, mêlant l’horreur et l’espoir.

Il est devant nous, parce qu’il va nous guider.
Si nous toucher au cœur, c’est toucher Charlie,
si nous mettre en joue, c’est viser les plumes,
si ce qui les effraie, c’est nos idées, nos pensées, et les mains qui les dessinent,
alors c’est que nos mots doivent être des armes, alors c’est que notre encre doit couler encore.

Il est sous notre peau. Dans ce frisson de patriotisme qu’on ne croyait plus ressentir, dans cette bouffée de larmes pour notre pays criblé de douze balles, dans ce besoin de crier notre révolte, de faire front, de faire force.

Il est au plus profond de nous, et fait déjà parti de ce qu’on doit transmettre à nos enfants.
Nous leur raconterons Charlie, sa grandeur, sa brillance, son courage, la force de l’humour et de la réflexion.
Ils verront, alors, le terrorisme et ce qu’il a de petit, de terne, de traitre, d’irréfléchi, et de honteux.
Ils verront, alors, la lumière et l’ombre, le rire et les fusils, la vie et la mort.

Il est dans ta rue, dans ta capitale, dans ton pays, dans ton monde.

Il est partout.

Romain Steiban



question pour un champion
7 janvier, 2015, 16 h 16 min
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Iceberg

Iceberg. Stock image.

Il était une courte fois une question pour un champion.

Attention… Top, c’est parti. Je suiiiiiiis…

Je suis un homme, une femme, un parent, un fils, une fille, un patron, un employé, un voisin. Je suis n’importe qui. Et je culpabilise n’importe qui, au nom du lien familial, de l’amour, de la conscience professionnelle. Au nom de toute flamme vitale.

Je ne suis pas, je ne suis jamais, coupable. S’il m’arrive d’avouer ma responsabilité, de me placer en victime, de flatter, c’est pour atteindre mes propres buts, aux dépens d’autrui. Je suis parfaitement efficace pour atteindre mes propres buts aux dépends d’autrui.

Je suis au cœur des conversations, au cœur des divisions, des suspicions, des persécutions. Et si je ne suis pas au cœur de tout et de tous, je peux changer d’opinion, de comportement, de sentiment, d’attitude, et m’adapter aux personnes qui m’entourent, aux situations que je vis. Je suis un caméléon avisé.

Je suis souvent très intelligent. Trop intelligent. Je peux faire croire aux autres qu’ils doivent être parfaits, qu’ils doivent tout savoir. Qu’ils ne doivent jamais, jamais changer d’avis. Je peux faire croire aux autres qu’ils n’ont ni qualité, ni compétence, ni personnalité. Je suis un serpent sournois.

Je suis égocentrique, et la toile sur laquelle je règne seul, et en maître absolu, est un piège pour la créature brillante, sucrée, avide de caresses et de baisers, qui croise mon chemin. Pour la créature que je choisis comme proie. Elle ne sait pas qu’elle est cernée, tentée, étudiée, contournée, approchée, puis ferrée. Et quand elle le comprend, il est déjà trop tard. Elle n’a plus de chance de s’enfuir. Je suis une araignée venimeuse.

Je suis plein de secrets. Je ne dis pas mes besoins, mes sentiments, mes opinions. Ou alors, je les dis si mal qu’on ne sait jamais vraiment ce que je veux vraiment. Je déguise mes demandes, mes réponses sont floues. Je suis mensonges et sourires mielleux. Je suis hyène.

Je suis prudent. J’évite les réunions où mon être multiple ne peut pas respirer. Je préfère être tapi dans l’ombre, dans la nuit, dans les alcôves. J’attends le bon moment, le dernier moment, puis je fonds, j’attaque, je me jette, j’ordonne, je joue avec l’autre comme un marionnettiste avec son pantin. Je suis un poulpe aux ventouses visqueuses.

Je suis logique et cohérent dans mes mots. Pourtant, j’agis selon une logique et une cohérence opposée. Vous ne savez pas ce que je pense, tout au fond de ce moi si noir qu’on ne peut rien y voir. J’ai une morale, quand cette morale me permet d’assouvir mes besoins. Je suis juste quand je veux être inflexible, droit quand je veux être menaçant, beau quand je veux être triomphant. Je suis un félin aux crocs d’acier, aux griffes acérées.

Je suis votre malaise, votre prison, votre sommeil. Je suis celui qui vous fait faire des choses que vous n’auriez jamais faites. Celui que vous croyez supérieur. Celui que, pourtant, vous pensez devoir protéger, envers et contre tout, envers et contre tous. Car vous avez compris, avec le temps, que je ne supporte pas la critique, que je nie les évidences, que je peux être jaloux, et qu’être avec moi, c’est être seul. Je suis votre drogue, votre dealer, votre addiction.

Je peux vous perdre sur le chemin sur lequel vous pensiez m’avoir conduit. Il n’y a pas de sentier heureux ou de fleuve tranquille sur ma terre et sur mes eaux. Il n’y a pas de lumière dans ma nuit. Je suis le vampire du vingt et unième siècle. Celui dont on parle dans les livres, dans les films, et sur les tapis rouges des hauts lieux de la culture.

Je suis le descendant de ce dieu grec qui ne devait vivre qu’à condition de ne pas se connaître. Car on ne peut pas me connaître et vivre. Car l’endroit où tombe mon corps mort est un endroit qui renait, est un endroit où la vie perce les cendres de la souffrance et de la désolation, est un endroit où poussent les narcisses.

Je suis, je suis, je suis…

Le manipulateur.

Romain Steiban

Biblio: « Les manipulateurs sont parmi nous », Isabelle Nazare-Aga


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