la vie entre parenthèses, le temps d'une lecture

souris grise
29 janvier, 2021, 15 h 01 min
Classé dans : Non classé

ratatouille
ratatouille

Il était une fois une souris normale. Petite, fluette, grise. Et calme.
« Attends », dit-elle à la souris qui rayonnait près d’elle.
« Attends encore un peu, tu partiras plus tard ».

La souris d’exception, celle qui s’en irait, brillait de mille feux.
Elle avait des étoiles dans le fond de ses yeux, toujours plus d’aventure dans le creux de ses mains,
une vie renversante,
des projets arc en ciel.

La petite souris aurait voulu comprendre
comment le sentier qu’elle foulait des pieds avec normalité devenait lumineux quand l’autre l’empruntait.
Elle aimait faire un pas, un pas sur le côté, pour marcher près de l’autre.
Et ce pas changeait tout.
Près de l’autre souris, le sentier bondissait, verdissait, fleurissait.
Et il menait ailleurs le temps d’une balade.

La petite souris aurait voulu savoir pourquoi le vent changeait quand il approchait l’autre.
Le vent devait humer, sentir du bout du nez la souris d’exception.
Sinon, sinon, pourquoi, pourquoi se transformer quand il volait près d’elle?
La souris grise aimait faire encore ce pas, ce pas sur le côté pour marcher près de l’autre.
Et ce pas changeait tout.
Près de l’autre souris, le vent qui bondissait, verdissait, fleurissait, menait aussi ailleurs,
le temps d’une balade.

Et l’eau faisait pareil.
Elle semblait perlée, limpide et chatoyante
dès lors qu’elle goûtait la souris d’exception.
Et la terre chauffait, exhalait ses odeurs,
bruissait de nouveaux sons quand, d’une caresse, elle la retrouvait.

Et le feu lui-même devenait apaisant
près de cette souris semblable à aucune autre.
Il léchait sans brûler quand elle s’approchait.
C’est qu’il devait savoir, lui, qu’elle brillait plus fort.
Et qu’il était moins chaud, moins beau, moins envoûtant.
Moins chargé de couleurs.
Le feu devait savoir, sinon, sinon, pourquoi, pourquoi pâlirait-il?
Pourquoi cesserait-il d’être trop, d’être mal, quand elle apparaissait ?

- « Il y avait un pays au bord d’un continent », dit la souris normale à la souris merveille.
« Il y avait une ville, au milieu du pays.
Au sein de cette ville, un quartier chaleureux.
Et, presque hors du quartier, juste sur sa limite, on trouvait ma maison.
Elle était bien cachée et je m’y cachais bien ».

- « On aurait pu croire qu’il n’y avait qu’un jardin », admit la souris belle.
« Les arbres te gardaient comme des sentinelles,
et on ne voyait qu’eux quand on venait ici.
Je t’ai si bien cherchée que j’ai pu te trouver ».

- « Oh oui tu m’as trouvée ! Quelle chance! Merci!
Ce qu’alors j’ignorais, c’est qu’il faut une clef pour pénétrer chez moi.
Bon. Il faut une clef. Je le sais maintenant.
Mais ce qui m’a surprise et me surprend encore,
c’est que la dite clef, ce n’est pas moi qui l’ai ».

- « Ben non, tu ne l’as pas ». La souris rayonnante s’approcha de la grise.

- « Ce matin là, j’ai vu que tu étais entrée.
Tu m’avais bien cherchée, dis-tu, et m’avais bien trouvée.
Quelqu’un a du t’aider!
Le sentier t’a guidée, dis?
Ou était-ce le vent? L’eau? Le feu? La terre?
Qu’importe.
Tu avais la clef alors tu étais là.
C’était magnifique, que tu sois entrée ».

- « J’aime bien être ici ».

- « Oui. Oui mais tu es partie, ce soir-là et les autres.
Puis tu es revenue, c’est vrai. Mais tu es repartie, encore.
Quand tu pars tu me quittes chaque fois un peu, mais c’est chaque fois trop ».

- « Dis-moi, comment fait-on pour quitter comme il faut ? »

- « Soit on quitte vraiment, soit on ne quitte pas.
Quitter, comme mourir, ne se fait qu’une fois.
Regarde le sentier, l’eau, le feu, la terre.
Crois-tu qu’ils sont contents d’être merveilleux le temps d’une balade?
Comment crois-tu qu’on tombe, après, dans la normalité, quand tu nous as quittés ?
On s’écrase par terre, tu vois.
On est lourd, on est laid, on est las.
Et on voudrait surtout ne jamais t’avoir vue ».

- « Mais s’il y a une clef, c’est pour pouvoir partir! Et revenir! Et repartir!
Sinon sinon pourquoi, pourquoi fermer à clef?
Tout pourrait être ouvert, offert, et non barricadé! »

- « Je ne le savais pas, moi, qu’il y avait une clef.
Je n’avais pas compris que, sans clef, j’étais libre.
C’est toi, toi et la clef, qui m’avez enfermée.
Mes sentiments me piègent, eux me barricadent.
Si je trouve un sentier, je sais qu’il mène à toi.
Si le vent apparait, je sais qu’il vient de toi.
Si la terre sent bon, je sais que c’est pour toi.
Et si le feu me brûle, c’est que je pense à toi.
Alors tu as la clef, oui.
S’il te plaît, donne-la moi et pars,
Ou reste à tout jamais ».

Romain Steiban



L’iceberg et le poisson
20 janvier, 2021, 20 h 40 min
Classé dans : Non classé

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Freepik

Il était une courte fois un énorme iceberg qui se détacha de la banquise.
Les courants le poussèrent loin des rivages qu’il connaissait.

Un matin, quand il s’immobilisa et que le soleil éclaira tout autour de lui, il découvrit un nouveau paysage.

La banquise arrêtait toujours son regard, où qu’il le porte, mais elle faisait un nouveau dessin sur l’horizon.
C’était comme si la banquise s’écrivait dans une autre langue, là où l’iceberg était arrivé.

Un petit poisson multicolore très joyeux vint parler à l’iceberg avec gentillesse. Il parlait « amitié ».
L’iceberg se dit qu’il n’avait jamais entendu cette langue mais qu’il la comprenait.
La banquise parlait autrement, là où l’iceberg était arrivé.

Au début, l’iceberg n’osa pas trop parler au poisson parce qu’il ne le connaissait pas.

- « Eh, mais tu fonds! » s’écria un jour le poisson.

- « Ben ce n’est pas de ma faute », répondit froidement l’iceberg. « C’est le réchauffement climatique ».

- « Ca veut dire qu’on doit se dépêcher d’être amis. Est-ce que tu veux être mon ami? »

- « Oui ». L’iceberg voulait bien être l’ami du poisson.

A partir de ce « oui », les deux amis se retrouvèrent tous les matins, dès le lever du soleil.
Ils passaient la journée ensemble, à parler « amitié ».
Ils ne se quittaient qu’au soir, quand tout devenait noir.

Avec le poisson, l’iceberg apprit très vite la douce langue de ce coin de banquise.

- « Tu es devenu si petit! » remarqua tristement le poisson, un matin d’été. « Si petit que tu auras bientôt ma taille ».

- « Alors je ne suis pas petit », s’exclama l’iceberg. « Regarde la grande place que tu occupes, dans mon temps et dans mon cœur! Dis plutôt que je serai bientôt aussi grand que toi! »

Mais le poisson n’arrivait plus à être joyeux. Il ne dit rien.

Ce jour-là, le poisson et l’iceberg se parlèrent moins.
Le lendemain, ils ne se parlèrent pas de la journée.
Il fallut attendre le soir pour que l’iceberg s’adresse au poisson:

- « Petit poisson, regarde-moi!
J’ai la taille d’un glaçon.
Sous le soleil, près de toi, avec le temps, je suis devenu de l’eau.
Demain, tu ne me verras pas car je serai la mer toute entière. Alors je ne te quitterai plus.
Je serai cette caresse qu’elle te fait quand tu nages, et c’est par cette caresse que je te parlerai.
On parlera comme ça aussi longtemps que tu nageras ».

Ce soir-là, le poisson se dit que l’iceberg l’avait touché.
Il se dit aussi qu’il n’avait encore jamais senti cette langue, sur la banquise, mais qu’il la comprenait.

Romain Steiban



La deuxième Révolution Française
2 septembre, 2018, 20 h 58 min
Classé dans : Non classé

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- « Bonjour. Dans le cadre de notre étude sur les germes de la deuxième Révolution Française, plus de 300 ans après 1789, j’ai choisi de vous parler des privilèges de l’élite concernant l’éducation, dans la démocratie française ».
- Bien.
- « En introduction, je souhaiterais énoncer trois définitions.
D’abord, « élite ». L’élite d’une société se définit en sociologie comme étant la minorité d’individus auxquels s’attache un prestige et, en pratique, le plus de pouvoir. Ce prestige et ce pouvoir sont dus à des qualités naturelles ou acquises. Un régime élitiste est une aristocratie.
Ensuite, la définition de « aristocratie ». L’aristocratie est une forme de gouvernement où le pouvoir souverain appartient à la noblesse.
Enfin, la définition de « démocratie ». La démocratie est le régime politique dans lequel le pouvoir est détenu ou contrôlé par le peuple (principe de souveraineté), sans qu’il y ait de distinction due à la naissance, la richesse, la compétence, etc… (principe d’égalité)».
- Ah! Je sens qu’on va s’amuser.
Je voudrais du calme dans la classe, s’il vous plaît.
- « La lutte pour l’abolition des privilèges d’une minorité représente, dans notre histoire nationale, l’étincelle de ce qui va embraser deux fois la France et mener à la révolte du peuple.
Je tenterai, dans mon exposé, de faire des liens entre les deux Révolutions Françaises, et de montrer le rôle central des inégalités scolaires dans le soulèvement populaire qui conduira à la deuxième Révolution Française».
- Votre nom? Vous avez un nom, peut-être, monsieur Dupont? Il faut le dire, voyons!
Je suggère également que vous citiez en introduction votre classe, et que vous fassiez une allusion à l’examen oral du Brevet des collèges pour lequel nous faisons cette étude sur les germes de la Deuxième Révolution française. Compris?
- Oui monsieur. « Bonjour… »
- Non, enchaînez.
Ah! Juste une remarque: vous devriez rappeler, comme toujours quand on parle de la deuxième Révolution Française, que les contextes politiques, climatiques, religieux, humains, etc…, etc…, sont très différents entre les deux Révolutions, et tout, et tout, mais bon, enchaînez.
- Oui monsieur…
- On vous attend, monsieur Dupont…
Ah! Vous avez peut-être choisi l’axe opposé? Celui où l’on met en parallèle les deux révolutions?
Eh bien allez-y, jeune homme! Je ne peux pas dire que ce soit une erreur.
Vous voyez qu’on peut faire dire ce que l’on veut à l’Histoire. Et c’est votre professeur d’histoire qui vous le fait remarquer!
- « Avant chacune des deux Révolutions, et pour des raisons différentes, la France traversait des années marquées par la conjonction de divers éléments :
guerres (la France à participé à la guerre d’indépendance des États Unis dans un cas, et dans les conflits au Moyen Orient ou en Afrique dans l’autre),
bouleversement d’un ordre mondial dans lequel la France devait se positionner,
insécurité,
mauvaises conditions climatiques,
pauvreté du peuple s’opposant à la richesse d’une minorité (clergé et noblesse pour la première RF, et ce que les sociologues ont appelé « élite » pour la deuxième RF),
importantes inégalités sociales institutionnalisées (on parle dans les deux cas de « privilèges ») ».
- Résumé un peu gauchiste, mais vrai, qui fait ricaner vos copains.
J’ai d’ailleurs le privilège de pouvoir distribuer des heures de colle aux élèves de la classe, si nécessaire. Alors je vous conseille de vous calmer.
Venez-en au fait, monsieur Dupont.
Et ne dites plus RF pour Révolution Française ou je vous colle vous aussi.
Reprenez.
- « Bonjour… »
- Non, je voulais dire « continuez », pardon.
- « À partir de l’an 2000, les pays de l’OCDE ont participé tous les trois ans à une étude nommée PISA, pour « programme international pour le suivi des acquis des élèves ».
Cette étude comparait les performances des élèves de 15 ans issus de différents environnements d’apprentissage pour comprendre ce qui les préparait le mieux à leur vie d’adulte. Elle aidait à déterminer les facteurs exogènes qui influençaient les performances des élèves ».
- Ah! Dites-nous ce que ces études PISA ont montré, c’est important. Écoutez bien, tous!
- « Tous les trois ans, avec une régularité de métronome, on a constaté que le niveau du système éducatif français était moyen.
Mais on a surtout mis en évidence son inégalité et son inefficacité.
Plus que dans la majorité des autres pays, la réussite et l‘échec scolaires y dépendaient de l’origine socio-économique.
Les études PISA ont rapidement montré le lien entre équité et efficacité d’un système d’éducation.
Pourtant l’écart entre les élèves issus des différents milieux n’a cessé de se creuser. En 2015, le système français est plus inégalitaire que la plupart des pays de l’OCDE ».
- Vous auriez pu utiliser des chiffres plus récents. Mais bon, vous me rétorquerez que le sujet de l’exposé est « les germes »…
- « De multiples ségrégations avaient mené à la Déclaration universelle des droits de l’homme à l’époque de la première RF.
C’est la ségrégation scolaire qui a conduit la France à la Deuxième RF ».
- Une heure de colle. Je vous avais prévenu, monsieur Dupont.
- Mais monsieur! Tout le monde…
- Ah!
Parce que tout le monde dénature les Révolutions Françaises en leur donnant du RF, il faudrait que je vous laisse faire?
Voyez ce que RF a fait à la République Française!
L’école de la République, avec un grand R, est sensée être « également accessible à tous les citoyens, et propriété collective de tous ».
Or vous venez de nous montrer que la République n’était plus qu’un mot attaché au mot « école ».
Avec RF, la République et la Révolution ne sont même plus des mots. Elles ne sont plus rien.
Une heure de colle, je vous dis.
Continuez, s’il vous plaît.
- « De multiples solutions ont été rapidement proposées par des experts, notamment des sociologues.
En effet, cette ségrégation scolaire exigeait une réponse politique forte. On a suggéré:
De développer la mixité sociale dans les classes, mais aussi dans les villes,
D’offrir aux élèves ségrégués de meilleures conditions de travail qu’aux autres,
D’améliorer la formation continue des enseignants,
De favoriser des établissements privés ouverts aux élèves défavorisés en modulant les dotations budgétaires selon les élèves recrutés ».
- Pourquoi?
Je vous ennuie avec mes interruptions, monsieur Dupont. Mais: pourquoi faire cet effort?
- Mais pour mettre fin à cet « entre soi »!
Pour que chaque enfant sache que la société n’est pas uniquement son quartier, son milieu, sa famille, qu’ils soient aisés ou défavorisés!
Il y a un effet de pair, un effet d’entraînement, qui pousse chacun à ne pas rêver différent, à ne pas modifier ses espoirs scolaires, professionnels, mais aussi amicaux ou amoureux!
- Continuez.
- « Oui… Heu… La réponse politique a été mauvaise. Ou plutôt: inadaptée, insuffisante.
D’abord, on a assisté à une translation des inégalités: le bac devint plus accessibles à tous? Les enfants des milieux aisés suivirent des doubles ou triples cursus, par exemple.
Ensuite, les exigences scolaires étant devenues plus élevées, on délégua une partie de la scolarisation aux familles. Or cela impliquait une disponibilité des familles, une compréhension du système scolaire et de ses attentes, une capacité à financer des cours particuliers payants. Les élèves issus de milieux défavorisés n’avaient pas ces atouts.
Peu à peu, le système de ségrégation scolaire eut des répercussions urbaines, les familles aisées faisant des choix résidentiels permettant à leurs enfants d’avoir accès aux « bons établissements », ce qui accentua la ghettoïsation d’autres quartiers.
Enfin, alors que la durée d’études s’allongeait pour les enfants de « l’élite », elle raccourcit pour ceux issus des milieux défavorisés. Ceux qui profitaient des budgets de l’éducation nationale étaient ceux qui faisaient des études longues, donc ceux qui en avaient le moins besoin.
On…
Euh… »
- Finissez, monsieur Dupont. Je vous en prie.
- « J’ai rapidement présenté une liste de privilèges dans l’accès à la scolarisation qu’avait une minorité, avant la deuxième Révolution Française.
En conclusion, je voudrais souligner, non, pardon, mettre en exergue, l’abandon qu’ont subi les élèves les plus défavorisés.
En effet, on a peu à peu sacrifié l’exigence scolaire collective à l’idée qu’il fallait « sauver les bons élèves de ces milieux défavorisés ».
C’est … heu… une insulte dissimulée.
Il me semble que là est le germe de la Deuxième Révolution Française,
que là est le terreau dans lequel il a pu pousser.
Merci de votre attention ».
- Vous êtes ému, monsieur Dupont. Vous avez les larmes aux yeux.
Mais vous avez eu le courage de terminer la présentation de votre exposé à la classe. Je vous félicite. C’est avec cette émotivité et ce courage qu’on fait des RF.
Peut être ne comprenez-vous pas qu’un peuple, votre peuple, capable de s’embraser intelligemment pour une juste cause, de renverser un pouvoir aristocratique et injuste, même quand ce pouvoir ce cache derrière les mots « liberté égalité fraternité »; que ce peuple, donc, soit également capable de subir pendant des dizaines d’années l’oppression d’une élite, quelle qu’elle soit, avant de se révolter.
Peut être ne comprenez vous pas pourquoi malgré l’éclairage des Lumières, et celui d’Internet, il ait fallu que ce peuple subisse l’ombre si longtemps.
- …
- Alors je dis RF, oui, parce que vous dites RF avec votre courage et votre émotivité.
Il me semble qu’une heure de colle, ça se mérite.

Romain Steiban



« Oxus »
25 octobre, 2017, 20 h 04 min
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Bonjour!

J’aime les nouvelles et les « courtes fois ». Je prends beaucoup de plaisir à éviter d’avoir à choisir un nom, un vécu, un décor, un entourage à mes personnages. Pour me concentrer sur un message.

Mais au cours de ces derniers mois (… de ces dernières années…), j’ai voulu découvrir une autre manière d’écrire, et le roman était une évidence.

Voilà donc le premier, « Oxus », que vous pouvez trouver en cliquant sur le lien « Oxus », barre de gauche.

Merci d’être là

A bientôt



Celui qui aimait deux fois
14 février, 2017, 12 h 48 min
Classé dans : Non classé

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Nombre de cas d’infections invasives à Haemophilus Influenza, 1991 à 2009

Il existe un microbe appelé Haemophilus Influenzae.
Haemophilus. « Il aime l’hème ». Je ne connais personne qui aime deux fois dans son prénom, comme lui.
Avec cet amour double, on dirait que ce microbe va faire des choses «au carré», multipliées. De grandes choses.
Mais il s’appelle aussi Influenzae. « Grippe ». Et ce qu’il fait en grand, c’est la maladie.
Haemophilus Influenzae fait de grandes maladies.

Il fait d’ailleurs deux types de grandes maladies.
D’abord, des maladies qui sont grandes parce qu’elles prennent toute la place dans le quotidien des familles et dans les carnets de santé des enfants.
Les otites, les rhinites, les conjonctivites, les sinusites à Haemophilus Influenzae.
Elles sont nos petites peurs quotidiennes.
Ces petites peurs nous attachent à la bonne santé avec une écharpe, une brosse à dent, des vitamines, de l’homéopathie, le grand air, et une alimentation saine.

Il y a un autre type de grandes maladies causées par le microbe qui aime deux fois dans son prénom.
Celles qui fauchent les enfants au hasard.
Celles qui sont grandes par la rapidité avec laquelle elles tuent, la laideur qu’elles tatouent sur les petits corps, la force de leur déflagration, leur minutie à ne rien oublier, ou le poids de leurs séquelles.

Ces grandes maladies sont rares. Elles n’apparaissent que très rarement dans les carnets de santé d’aujourd’hui.
Une seule fois par mois, sur un seul carnet, chez le pédiatre.
Ou sur un carnet par an.
Ou même jamais, quand elles n’ont pas le temps d’être écrites. Parce que le carnet de santé est un livre auquel on ne met pas de point final.

Dans la méningo-encéphalite, ce microbe envahit le cerveau, le liquide dans lequel il baigne, et liquéfie tout.
Dans l’épiglottite, il fait gonfler les tissus au fond de la gorge jusqu’à l’asphyxie.
Dans la cellulite, la pneumonie, l’ostéite, il brûle la peau, les poumons, et les os.

Quand Haemophilus Influenzae est grave, c’est qu’il est là sous une forme qu’on dit « encapsulée ».
Sous cette forme, l’Haemophilus Influenzae n’aime pas deux fois dans son prénom. Quand il est encapsulé, l’Haemophilus Influenzae tue.
Comme si, pour être dangereux, invasif, et pour partir à la guerre contre le corps humain, il fallait qu’il porte une armure, une cagoule.
Cette capsule.
Comme s’il devait revêtir ce masque pour faire de nos peurs des frayeurs, ce casque pour faire des maladies des maladies graves.

Ce microbe est un ennemi contre lequel des héros ce sont battus depuis plus de cent ans. Sans casque ni armure.
Ce sont des héros, ceux qui ont trouvé l’antibiotique qui terrasse Haemophilus Influenzae.
Ce sont des héros, ceux qui ont développé les vaccins qui protègent de sa forme encapsulée. Parce qu’on peut garder des carnets remplis de petites peurs. Le vaccin ne protège pas des petites peurs. Il ne fait de l’ombre ni à l’alimentation saine, ni à l’écharpe, ni à l’homéopathie.
Ce sont des héros, ceux qui ont gommé les grandes frayeurs de nos carnets de santé, en permettant que 97% des enfants soient vaccinés contre l’Haemophilus Influenzae encapsulé meurtrier, aujourd’hui.

Les infections invasives à Haemophilus Influenzae, plusieurs centaines en France, chaque année, ont diminué de moitié, après qu’on ait commencé à vacciner les enfants.
Le nombre de méningites a été divisé par dix.

Mais en effaçant de nos carnets de santé et de nos vies les grandes frayeurs, les héros n’y ont laissé que les petites peurs.
Ces petites peurs si grandes.

Il était une fois un peuple qui n’avait plus que ces petites peurs.
Des héros d’un autre temps lui avait légué des protections, mais ce peuple avait oublié de quoi il fallait se protéger.
Il se mit à craindre des protections qu’il trouvait désuètes.
Le peuple entama une longue bataille qui ne finit pas contre la vaccination.

Parfois, quand je propose de vacciner un enfant et que ses parents refusent,
je m’imagine au milieu d’un champs de bataille.
D’un côté, il y a celui qui aime deux fois dans son prénom, avec son casque.
De l’autre, il y a un bébé et ceux qui l’aiment sans compter, et s’appellent papa ou maman.

Dans le silence qui suit le refus des parents de vacciner leur enfant,
dans ce silence qui précède la bataille ou l’armistice,
je m’imagine brandir une blouse comme un drapeau blanc,
ou partir en guerre et attaquer des deux côtés, comme un super héro.

C’est bien plus simple de battre Haemophilus Influenzae. J’ai les armes des héros. Le vaccin, les antibiotiques.
Contre l’autre camp, je n’ai que des mots.

Si Haemophilus ne fait plus peur, c’est peut-être parce qu’il a les bons mots.
Il aime, l’aime.

Romain Steiban
Voir: « https://www.mesvaccins.net/textes/gv2012-hib.pdf »


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